L’ÉVASION DU CUIRASSÉ JEAN BART
Dans la nuit du 18 au 19 juin 1940
Il est des nuits où le destin d’un navire rejoint celui de la Nation.
Dans la nuit du 18 au 19 juin 1940, alors que la France traverse l’une des heures les plus sombres de son histoire, un cuirassé encore inachevé s’apprête à accomplir une extraordinaire évasion; " le Jean Bart."
Les forces allemandes progressent rapidement vers l’ouest. Saint-Nazaire est menacée et le temps presse. Le Jean Bart, deuxième cuirassé de la classe Richelieu, dont la construction avait commencé en décembre 1936, n’est pas encore terminé. Mis à flot le 6 mars 1940, il reste pourtant un bâtiment d’une valeur considérable qu’il est inconcevable de laisser tomber aux mains de l’ennemi.
Commence alors une véritable course contre la montre.
Durant les semaines précédant l’évacuation, près de 3 500 ouvriers travaillent jour et nuit afin de rendre possible le départ du cuirassé. Ingénieurs, techniciens, chaudronniers, mécaniciens, électriciens, ajusteurs, soudeurs, ouvriers des Ateliers et Chantiers de la Loire et des chantiers de Penhoët accomplissent dans l’urgence une tâche gigantesque. Il faut installer les équipements indispensables, achever les machines, préparer les moyens de navigation et surtout creuser le passage permettant au gigantesque bâtiment de rejoindre l’estuaire de la Loire.
A travers cette affiche, le Mémorial Jean-Claude BERNARDET souhaite rendre un hommage tout particulier à ces femmes et ces hommes de l’ombre, dont le savoir faire, le courage et l’abnégation contribuèrent directement au salut du bâtiment.
PIERRE-JEAN RONARC’H UN COMMANDANT FACE À L’HISTOIRE
A bord, la responsabilité repose sur les épaules du capitaine de vaisseau Pierre-Jean Ronarc’h, commandant du Jean Bart.
L’ordre est clair : le cuirassé doit quitter Saint-Nazaire et gagner le Maroc.
Le 18 juin, chaque heure devient précieuse. Le compas gyroscopique indispensable à la navigation n’arrive qu’en début de soirée. La pleine mer du lendemain matin représente la seule véritable possibilité de franchir le passage préparé dans l’urgence. Les remorqueurs et les pilotes de la Loire sont prêts.
A bord se trouvent environ 375 marins, auxquels viennent notamment s’ajouter 159 ouvriers, embarqués afin de poursuivre les travaux pendant la traversée. Ces hommes partent sur un navire encore inachevé, sans avoir pu effectuer les essais normalement indispensables à un bâtiment de cette importance.
Et pourtant, ils prennent la mer.
LA NUIT DE TOUS LES DANGERS
Dans l’obscurité, les manœuvres commencent.
Le cuirassé doit être sorti de sa forme de construction, remorqué puis engagé dans un passage étroit creusé spécialement pour lui.
La marge d’erreur est infime.
Au cours de son extraordinaire sortie, le Jean Bart s’échoue à deux reprises, mais les hommes refusent de renoncer. Les remorqueurs poursuivent leurs efforts, les équipes s’activent et le gigantesque navire finit par rejoindre les eaux de la Loire.
Alors que l’aube apparaît, le danger vient désormais du ciel.
Des bombardiers allemands attaquent le cuirassé. Malgré cette menace, le bâtiment poursuit sa route et parvient à s’échapper.
Derrière cette réussite se trouvent une chaîne entière d’hommes;
les marins du Jean Bart, les officiers et quartiers-maîtres, les mécaniciens, les pilotes de Loire, les équipages des remorqueurs, mais également tous les ingénieurs, techniciens et ouvriers des chantiers navals de Saint-Nazaire qui ont travaillé jusqu’aux dernières heures pour rendre cette évasion possible.
CAP SUR CASABLANCA
Une fois sorti de Saint-Nazaire, le Jean Bart met le cap vers le sud, à travers l’Atlantique, en direction de Casablanca au Maroc.
Malgré son état d’achèvement incomplet, malgré les dangers de la navigation et malgré les événements qui bouleversent alors la France, le cuirassé poursuit sa route.
Il atteint finalement Casablanca le 22 juin 1940.
Le navire est sauvé.
L’ennemi ne s’en emparera pas.
Et derrière cette réussite demeure l’une des plus extraordinaires aventures techniques et humaines de l’histoire de la Marine française.
HOMMAGE AUX HOMMES DU JEAN BART
Aujourd’hui, nous voulons nous souvenir.
Nous souvenir du capitaine de vaisseau Pierre-Jean Ronarc’h, qui reçut la responsabilité immense de conduire son bâtiment hors de Saint-Nazaire.
Nous souvenir de l’équipage du Jean Bart, de ces marins qui prirent la mer à bord d’un cuirassé encore inachevé dans une France en plein effondrement militaire.
Nous souvenir des ingénieurs et techniciens des chantiers de Penhoët et des Ateliers et Chantiers de la Loire.
Nous souvenir des milliers d’ouvriers des chantiers navals de Saint-Nazaire, qui travaillèrent sans relâche, parfois jusqu’à l’épuisement, parce qu’ils savaient que chaque heure gagnée pouvait sauver le navire.
Nous souvenir également des hommes des remorqueurs et des pilotes de la Loire qui participèrent à cette incroyable manœuvre.
Tous furent les maillons indispensables d’une même chaîne de courage, de compétence et de devoir.
Le Jean Bart n’a pas seulement quitté Saint-Nazaire.
Cette nuit-là, des hommes refusèrent qu’un magnifique bâtiment de la Marine française soit abandonné à l’ennemi.
Ils sauvèrent un navire.
Ils sauvèrent le fruit de milliers d’heures de travail.
Ils sauvèrent une part du patrimoine naval et militaire de la France.
Et ils nous léguèrent surtout une formidable leçon;
même lorsque tout semble perdu, le courage, le savoir faire, la volonté et l’unité des hommes peuvent encore changer le cours du destin.
LE MÉMORIAL JEAN-CLAUDE BERNARDET S’INCLINE AVEC RESPECT
Devant Pierre-Jean Ronarc’h.
Devant l’équipage du cuirassé Jean Bart.
Devant les ingénieurs et techniciens.
Devant les ouvriers des chantiers navals de Saint-Nazaire et de Penhoët.
Devant tous ceux qui, dans cette nuit historique du 18 au 19 juin 1940, unirent leurs compétences et leur courage pour arracher le Jean Bart à la menace ennemie.
A eux notre respect.
A eux notre reconnaissance.
A eux notre mémoire.
SE SOUVENIR HONORER NE JAMAIS OUBLIER !
Honneur aux marins du Jean Bart.
Honneur aux bâtisseurs de Saint-Nazaire.
Honneur à ceux qui servirent la France dans l’une de ses heures les plus tragiques.
Vive la Marine nationale.
Vive la République.
Vive la France.
Le Mémorial Jean-Claude BERNARDET